Histoire

On a recueilli sur le territoire de Mareuil des fragments de poteries et des anneaux antiques ; puis des monnaies en bronze de Trajan, d'Adrien et un denier d'argent de Caracalla.

Chronologie

  • Marogildum (922)

    Par une charte Charles le Chauve donna le village de Marogildum (Mareuil) à l'abbaye Saint-Corneille de Compiègne.

  • Charte (1188)

    Une charte [cartulaire de Saint-Corneille] semble désigner des bois situés entre Mareuil et Thiescourt qui paraissent être les mêmes que ceux désignés comme « Bois d'usages » dans la carte communale de Graves.

  • L'abbé de Saint-Corneille (XIII° siècle)

    L'abbé de Saint-Corneille était à Mareuil, seigneur spirituel et temporel. Les avantages ne se bornaient pas à quelques droits d'usage dans les bois de l'abbé tels qu'ils avaient été réglés entre les habitants et l' abbé Hugues de Trévaux.

  • 42 habitations (1469)

    La commune compte 42 feux, c'est à dire 42 habitations.

Démographie & statistiques

Superficie

Le cadastre indique que Mareuil-la-Motte s'étale sur une surface totale de 916,82 hectares qui se répartissent ainsi :

  • Terres agricoles : 483, 13 ha

  • Prés : 14, 56 ha

  • Peupleraies et bois : 352, 56 ha

  • Friches : 3, 21ha

  • Étangs : 6, 48 ha

Le reste se partage entre les propriétés bâties, les jardins, les voiries départementales, communales et rurales, le stade etc.

Sur cet ensemble de 916 ha, la commune possède en propre 227 ha soit une part importante dont la Forêt des Usages qui, à elle seule, représente un ensemble boisé de 100 ha d'un seul tenant

Une partie des biens communaux est louée en fermages à divers agriculteurs, elle représente 73 ha.

Historique des variations démographiques de la commune

Le dernier recensement officiel de 2014 affichait une population de 630 hab. ce qui nous plaçait en quatrième position au sein du canton, derrière Lassigny (1.421), Elincourt (847), Thiescourt (759).

Le tableau ci-dessous reprend les chiffres des dénombrements de l'ancien régime et du début du XIXème siècle

Pour les périodes plus récentes, à partir de l'époque de la IIIème République, nous disposons des chiffres des recensements successifs :

L'examen de ces tableaux montre, durant le XXème siècle, deux moments de forte chute de la population :

  1. En 1921, il ne restait que 286 habitants dans le village, soit une baisse de 35% en 10 ans.

    La raison en est la Première guerre mondiale qui s'est déroulée entre ces deux années de recensement.

    Notre commune se trouvait sur ligne de front et le village s'est vidé de bon nombre de ses habitants : le danger était là et la plupart des habitations étaient dévastées et en ruines.

  2. En 1975, avec un chiffre de 261 habitants la population atteint son niveau le plus bas sur une période historique de plus de deux siècles.

    Ce phénomène n'est pas particulier à Mareuil : il se retrouve dans l'ensemble de la société française. La France qui avait une structure sociale essentiellement rurale jusqu'aux abords du XXème siècle s'est progressivement industrialisée.

    L'agriculture qui faisait vivre la population n'en est plus capable désormais et les campagnes ne font plus figure de bassins d'emploi. Le travail et les logements se trouvent dans les villes.

    Après la seconde guerre mondiale, avec la mécanisation systématique de l'agriculture, ce phénomène, que l'on a appelé “l'exode rural” , s'est amplifié. Par ailleurs tous les emplois qui nécessitaient une qualification, des diplômes, se trouvaient dans les villes et donc l'ascension sociale passait par un départ des campagnes.

    Il s'en est traduit un vieillissement considérable de la population et, en septembre 1975, il ne restait plus, à Mareuil, qu'une seule classe primaire de 28 élèves.

  3. À partir de 1977, un effort de revitalisation du village a été mené par le conseil municipal d'alors sous la conduite du maire, M.Cérano. La commune a acheté quelques terrains et les a viabilisés. Les constructions ont amené une population nouvelle et l'intégration s'est rapidement faite.

    Parallèlement, la proportion de résidence secondaires a diminué considérablement.

Sources : INSEE pour la période allant de la III° République à nos jours et Graves - (Précis statistique du Canton de Lassigny) – pour ce qui est antérieur à 1831.

La grande guerre

Afin d'illustrer l'épisode douloureux de la Première guerre mondiale voici deux textes.

Le premier a été écrit par M. Didier Guénaff, président de l'association historique" Sauvegarde du patrimoine de la Grande guerre".

Il est suivi d'une transcription du registre paroissial de la commune.

La mobilisation

Le 1er août 1914, l'église de Mareuil-la-Motte sonne le tocsin.

Les habitants pour la plupart sont dans les champs où la moisson bat son plein. Sur tous les visages se lit le désarroi. Certains, les plus jeunes, veulent en découdre : la guerre était promise, on en parlait sérieusement depuis qu'un archiduc autrichien avait été assassiné à Sarajevo.

Les hommes rejoignent leur demeure et préparent leurs effets afin de rejoindre au plus vite leur caserne.

Vide des ses hommes, Mareuil-la-Motte vit les premiers jours de la guerre accroché aux maigres informations livrées par la presse. On parle de combats sur la frontière, de victoire en Alsace... Bientôt nos hommes seront de retour, la guerre sera courte, la victoire est au bout du fusil !

La réalité est autre. Bientôt des télégrammes du ministère de la guerre annoncent les premières victimes du village. Comble de malheur, on dit que les Allemands sont à Roye et marchent sur Noyon.

L'invasion

Le 30 août, la cavalerie allemande, avant-garde de la 1ère armée de Von Kluck, investit le village, réclame de l'eau et de l'avoine pour les chevaux. Les cavaliers ont faim et cognent aux portes avec leurs lances. Les femmes et les enfants apeurés rechignent à ouvrir leur logis.

Dès le lendemain, les troupes en uniforme « vert de gris » défilent en longues colonnes vers le sud-est. La guerre est donc perdue. Les rares habitants qui s'aventurent à l'extérieur sont aussitôt questionnés : où sont les soldats français ? Où est le maire du Village ?

Mareuil-la-Motte va vivre sous le joug de l'ennemi. Mais déjà, vers le 12 septembre, le bruit du canon résonne au loin. Il y a une vive agitation et nervosité s'installe dans les rangs allemands. Les officiers montent en voiture et quittent le village, suivis de la troupe.

- Que se passe -t-il ? Les français dit-on ont lancé une contre-attaque sur la Marne ! C'est la victoire tant attendue !

Le bruit du canon s'intensifie. Les premiers claquements de fusils proviennent des hauteurs du village, un détachement de hussards vient de livrer combat sur le plateau de Saint-Claude. Sabre au clair, le cavalier d'Aboville est touché par une balle allemande. Il s'écroule inanimé dans un champ. Les Allemands se replient sur Lassigny.

Les premiers soldats français investissent le village annonçant une grande bataille qui doit faire tomber Lassigny et Noyon.

La délivrance

Les premiers obus tombent sur Mareuil-la-Motte. Les habitants fuient le village, d'autres se réfugient dans les caves ou préfèrent se cacher dans les profondes carrières du plateau. L'annonce était juste, une grande bataille est livrée pour la prise des hauteurs voisines. Le plateau de Saint-Claude et le massif du Plémont offrent des vues imprenables sur les mouvements de troupes. La bataille est âpre, les Allemands se replient un instant, lâchent Mareuil, le plateau et ses carrières puis passent à la contre-offensive pour prendre Lassigny puis le Plémont.

Le bruit de la bataille s'éloigne, les dégâts sont importants, les obus ont crevé des murs et des toitures, plus loin à la sortie du village, c'est vision d'horreur, les cadavres par dizaines, Français – Allemands, pêle-mêle sont figés dans leurs derniers mouvements lorsque la mort les a frappé. Les corps déchiquetés des hommes et des chevaux dégagent une odeur pestilentielle. Des officiers français somment les badauds de rentrer chez eux ou de partir dans de la famille, quitter leur domicile, l'abandonner aux troupes... Le combat va se poursuivre.

La guerre de position

Quelques civils font le choix de rester dans Mareuil. Le village sert de logement aux combattants français qui se succèdent pour prendre position dans les tranchées de Plessier-de-Roye et de Canny-sur-Matz. Sur les hauteurs du Plateau de Saint-Claude, l'artillerie s'installe et bombarde les lignes allemandes. L'ennemi répond, cherchant à faire taire les canons français et visant plus particulièrement tous les mouvements suspects.

Fantassins, cavaliers, zouaves, tirailleurs se succèdent. De temps à autre, un obus malheureux fait des victimes parmi les soldats et les civils. Aussi, au printemps 1915, les derniers civils sont évacués afin d'éviter d'autres pertes inutiles. Le secteur est réputé calme. Pourtant, en 1916, la division de la Garde Impériale allemande se trouve en position devant Lassigny. L'ennemi prépare-il une offensive sur l'Oise ?

Pour palier toute éventualité, la Division Marocaine est placée face à la garde du Kaiser.

Rien ne se passe. Verdun occupe trop l'ennemi pour une offensive sur l'Oise. Aussi, pour rompre l'ennui, le sapeur Nègre de la Division Marocaine entreprend de sculpter une chapelle dans les carrières du village. Le travail est long et fastidieux, mais les offices religieux seront merveilleux.

Déjà, la guerre rappelle à la dure réalité,. La bataille de la Somme se prépare et les zouaves et les tirailleurs quittent le secteur de Mareuil et laissent la place à des combattants bretons. Nègre n'aura pas eu le temps de finir son œuvre, il trouvera la mort dans une autre bataille sur le Chemin des Dames.

A leur tour, les Bretons investissent les carrières et sculptent les parois de devises et ordres de bataille.

Le départ des allemands

L'hiver 1917 est rigoureux et les carrières de Mareuil offrent un gîte de choix aux combattants qui les préfèrent aux maisons ruinées du village.

Soudain, une patrouille annonce l'impensable, les allemands ne sont plus au Plémont ! Lassigny serait vide également !

Les Allemands battent en retraite, la nouvelle se propage comme une traînée de poudre, des journalistes, des badauds, viennent visiter le front et ses ruines. Les premiers villageois rentrent au village et, les larmes aux yeux, découvrent le désastre. Murs et toitures effondrés, fenêtres et volets arrachés, maisons pillées, terres devenues incultes... La tâche est titanesque mais les soldats français donnent volontiers un coup de main aux habitants afin de leur rendre au plus vite un logis décent. Les territoriaux réparent les routes et entament le nettoyage des terres qui sont souillées de fer.

Pourtant l'ordre est donné de ne pas toucher aux tranchées, il ne faut pas les combler trop vite ; la guerre n'est pas terminée, 1918 sera l'année décisive.

Le retour des allemands

Une vie « paisible » a repris à Mareuil-la-Motte, des baraquements provisoires remplacent les maisons détruites, le socle de la charrue laboure à nouveau la terre. La liste des enfants du village morts au champ d'honneur s'allonge inexorablement dans cette guerre qui n'en finit pas.

Parfois, le bruit très lointain d'une canonnade se fait entendre ; mais aujourd'hui, 21 mars 1918, il se fait plus dense et semble se rapprocher. Les Allemands lancent une attaque de grande envergure et percent le front devant Saint-Quentin à la jonction des armées françaises et anglaises. Les nouvelles sont graves, les allemands approchent de Noyon, il faut évacuer le village, abandonner à nouveau ce qui venait d'être rebâti. Laisser derrière soi le bénéfice d'une année d'efforts dans la reconstruction.

Le 25 mars, la Allemands sont à Noyon et Lassigny. Comme en 1914, une rude bataille est annoncée. L'enjeu est le même pour les troupes du Kaiser: prendre le Plémont et le plateau de Saint-Claude. Les renforts français sont arrivés et l'artillerie prend place aux côtés des batteries anglaises du colonel Simpson.

L'attaque est rude et sans pitié. Les chasseurs de Driant et les coloniaux combattent au corps à corps dans le parc du château de Plessis-de-Roye. L'attaque est repoussée, le plateau et les profondes carrières sont sauvés, l'ennemi n'aura pas vue sur la vallée du Matz.

Mais ce n'est que partie remise. Le 9 juin, à l'aube, les troupes du Kaiser lancent un nouvel assaut de grande envergure entre Noyon et Montdidier. Objectif : prendre Compiègne.

Devant Mareuil-la-Motte se trouvent deux divisions Allemandes dont une de la Garde Impériale. C'est ici que le front doit être percé ! L'attaque est foudroyante, les troupes françaises sont bousculées devant Mareuil. Seul le 9e Régiment de Cuirassiers tente héroïquement de rester accroché au plateau et dans les carrières de Saint-Claude qui servent temporairement d'ambulance. Mais le repli est inévitable, le sous-officier de la Rochefoucault sonne la retraite et couvre ses troupes avec son revolver lorsqu'il est mortellement atteint par une balle. A nouveau ruiné par les obus, Mareuil-la-Motte est abandonné une nouvelle fois aux mains ennemies.

La reconquête

Le 8 août 1918, les alliés lancent une offensive dans la Somme devant Moreuil. La surprise est totale, le succès immédiat. Le 12, la 3e armée du Général Humbert se lance à son tour afin d'exploiter au maximum le succès des jours précédents. C'est au 5e Régiment de marche de tirailleurs que revient l'honneur de reprendre Mareuil-la-Motte et son plateau. La tâche est ardue, les combattants allemands ont installé des nids de mitrailleuses qu'il faut détruire les uns après les autres. Il faudra 10 jours de combats acharnés aux troupes françaises pour prendre les bois d'Elincourt, le plateau de Saint-Claude et le village de Mareuil-la-Motte, où chaque ruine de maison peut cacher encore une embuscade.

Enfin, le village complètement ruiné est libéré. Les puits sont souillés, quelques caves sont piégées. L'ennemi recule, cède le pas dans une retraite qui ne prendra fin que le 11 novembre à 11 heures tout près d'ici dans la forêt de Compiègne.

Petit à petit, les habitants reprennent possession de leur demeure ou de ce qu'il en reste. La paix est signée, la vie va pouvoir reprendre son cours définitivement. L'hommage aux morts peut être rendu.

Morts pour la France

CHOUART Marius

DELANEF Louis

DHERVILLEZ Germain

DOBERSET Georges

DUBOIS Raymond

DUMONT Charles

FEGE Clotaire

FOULOY Léon

LEBRUN Maurice

MAUPIN Eugène

OLIVE Kléber

PILLOT Léon

PILLOY Aimable

PILLOY Armand

PILLOY Marceau

POSSIEN Raymond

RENAUD Alfred

VINCHON Gabriel

Victimes civiles

CARPENTIER Fernand

DOBERSET Emile

DUQUENNE Eugène

LEVAIRE Fédora

Extrait du registre paroissial - Mareuil-La-Motte

Cette transcription a été établie en 1987, par Mme Marthe Caillaux, historienne locale qui demeurait alors à Ressons-sur-Matz

Curé DESMEDT

Première arrivée des Allemands le dimanche 30 août 1914, vers midi et demi.

Deuxième passage des Allemands le mercredi 16 septembre 1914 : incendies et assassinats.

Ont été fusillés sans motif par les boches, les nommés : DOBERSET Emile, LEVAIRE Fédora de la paroisse de Mareuil sur le territoire de Thiescourt.

L'an mil neuf cent quatorze, le dix-neuf septembre, je soussigné curé de Mareuil la Motte, ai inhumé les corps de Eugène DUQUENNE, âgé de 46 ans, fusillé le 16 précédent par les allemands, Fernand CARPENTIER, âgé de 20 ans fusillé le même jour par les boches, Victor MILAN, oncle du précédent, âgé de 68 ans.

HISTORIQUE :

2 août 1914 : mobilisation générale- l'Allemagne violant la neutralité de la Belgique nous attaque par le nord

30 août 1914 : après la grand-messe, vers 12h20, une patrouille de uhlans arrive à Mareuil

31août 1914 : les troupes allemandes cantonnent à Mareuil, incendient l'école des garçons.

16 septembre 1914 : au début de l'après-midi, les allemands envahissent le village, fusillent sans motif DUQUENNE Eugène, conseiller municipal et le jeune CARPENTIER Fernand 20 ans( ce dernier emmené 15 jours avant par les allemands avait réussi à leur échapper).

Mettent le feu à plusieurs maisons du village, accusent le maire M. DHERVILLEZ, et le curé .. DESMEDT d'avoir fait sonner les cloches, soit disant pour avertir les troupes françaises, quatre hommes conduits par un sous-officier arrachent le curé du presbytère et le conduisent, baïonnette au canon devant le mur de la maison Odemp, en lui montrant le sud du pays en feu.

Un lieutenant d'origine française intervient (baron du Faux Von Faber) ramène le curé au presbytère pour y faire le cantonnement des officiers du 15ème dragons, colonel Stotop...

Celui-ci arrive le soir avec un capitaine et le lieutenant Von Faber.

Le curé demande au colonel le motif des assassinats et des incendies : des civils auraient tiré sur les troupes allemandes.

Le curé affirme que non et le colonel promet qu'il ne sera pas fait de réquisitions exagérées.

19 septembre : les allemands ne pouvant progresser, se replient sur Plessis-de-Roye.- Thiescourt

20 septembre arrivée des français

21 septembre 1914 : un obus allemand tombe sur le village (maison Ringal, près de l'église).

Le village, avec ses habitants restera dans les lignes jusque mars 1918, sous le feu de l'ennemi.

Article non signé

Le 28 mars 1918, une avance rapide des troupes allemandes força l'autorité militaire à évacuer les habitants restés au pays.

Le 9 juin suivant, l'ennemi s'empara de Mareuil où il séjourna jusqu'au 11 août 1918.

Mareuil fut repris aux allemands par le 299ème Régiment d'Infanterie.

Peu à peu, quelques habitants revinrent habiter les ruines de leur village. L'abbé Eugène Boulet, curé de Marquéglise, vint chaque dimanche célébrer la sainte messe, dans l'église en partie démolie et ouverte à tous les vents et dépourvue de couverture.

Eugène Boulet / curé de Marquéglise

Antoine Erlault

Notice biographique sur Antoine Erlault

Antoine Erlault fut, en son temps, un personnage important.

Fils de laboureur, il naquit à Mareuil vers l'an 1500, la date n'est pas connue mais se situe entre 1498 et 1503.

Son père était laboureur et marguillier de la commune. A cette époque, un laboureur était un paysan riche.

Chose peu commune en ce temps, il suivit des études, notamment à la Sorbonne dont il devint le prieur.

En 1538, il est nommé Recteur de l'Université de Paris.

En 1554, il devient Confesseur de la reine Catherine de Médicis.

Elle a alors 35 ans, soit une vingtaine d'années de moins que son « directeur de conscience ».

François Clouet : portrait miniature de Catherine de Médicis vers 1555, Victoria and Albert Museum, Londres (huile sur vélin) 6cm x 4 cm

En 1560, le siège épiscopal de Chalon-sur-Saône devient vacant, Michel de l'Hospital le convoite alors pour son frère mais la reine l'attribue finalement à son confesseur.

1er mars 1562 : à Wassy, dans le nord-est de la France, les arquebusiers du duc de Guise massacrent dans une grange 250 protestants.

Cet événement annonce le début des guerres de Religion.

Erlault joue un rôle important lors du colloque de Poissy en 1562 où catholiques et protestants tentent de trouver un accord.

Néanmoins, ce colloque est un échec. Il faudra en passer par le Concile de Trente – (dans sa 3ème et dernière période qui va de 1561 à 1563)-

Désigné par la reine, Antoine Erlault est en route pour Trente lorsqu'il tombe entre les mains d'un huguenot, le seigneur de Traves de Saint-Léger. Faute de payer une rançon de 600 écus, il en demeure prisonnier. Il ne retrouvera la liberté que grâce à l'Edit d'Amboise, en 1563, mais trop tard pour participer au concile de Trente.

Il ne rentre cependant pas à Chalon.

Ce n'est que le 27 mai 1564 qu'il retourne dans son diocèse, soit quatre jours seulement avant la visite du roi Charles IX qu'il doit accueillir à Chalon.

Le 1er juin, lendemain de l'arrivée du roi, un cas de peste est signalé à Chalon et la cour royale quitte la ville dès le 3 juin pour Macon.

On ignore si Erlault suivit le roi mais on ne le vit plus dans son diocèse.

« Ni la peste qui ravage [son évêché ] au commencement de 1565, ni les pieux efforts tentés contre l'hérésie, ni le souci des pauvres à secourir ne peuvent faire comprendre à l'Évêque que son devoir l'appelle à Chalon »

En 1571, la misère est devenue telle à Chalon qu'une importante réunion de toutes les notabilités se tient en son absence.

Il semble bien qu' Erlault ait privilégié sa position à la cour à sa présence à Chalon.

Erlault remplissait donc toujours la charge de confesseur de Catherine de Médicis au moment où la fille de cette dernière, Marguerite de Valois (=la reine Margot) épouse le18 août 1572 le chef des huguenots, Henri de Navarre, (= futur roi Henri IV).

Cinq jours après les noces, plus de 3000 huguenots sont massacrés, la nuit de la Saint-Barthélemy (24 août 1572).

Peu de temps après, le septuagénaire tombe malade.

« Les médecins de l'époque l'envoient respirer l'air natal. Il quitte son appartement de la Sorbonne qu'il occupait depuis 30 ans, et revient non pas à Mareuil où il est né, mais dans le village voisin de Margny-sur-Matz (= Marigny) dont son frère est curé. Il y meurt le 25 septembre 1573. C'est là qu'il est enterré, mais son cœur rapporté à Mareuil repose dans la petite église de cette paroisse, à côté des restes de son père Mathieu et de son frère Florent. »

NB : Les citations sont de P. BAPE et extraites de la série d'articles qu'il a publiés dans le Progrès de l' Oise les 8, 12 15 et 19 août 1959

Gisants de Catherine de Médicis et de Henri II (Germain Pilon (1583), Cathédrale Saint-Denis)

La bataille de Mareuil-la-Motte (9 juin 1940)

Le 9 juin 1948, une cérémonie commémorative s'est tenue sur la place du village et une plaque a été apposée au monument aux morts. Le récit qui suit relate de manière vivante les combats d'arrière-garde qui se déroulèrent dans notre commune, en juin 1940. Ce texte fut publié en juin 1948 dans le "Progrès de l' Oise".

Récit des combats du 9 juin 1940

Descendant de la Somme, la 7ème DIC, renforcée du 4ème RIC, tenait depuis le 1er juin 1940 la partie Nord-ouest de Noyon, de Catigny à Crapeaumesnil. Le survol incessant de l'aviation ennemie sans riposte de la nôtre, avait soumis les nerfs des hommes et des cadres à une rude épreuve, mais la volonté était intacte.

Quand le 8 au soir survient l'ordre de repli en direction de Thiescourt, Mareuil-la-Motte, Gournay-sur-Aronde, Estrées St-Denis, Verberie.

De la tombée de la nuit à 6 heures du matin, les diverses unités, prévenues souvent par des moyens de fortune, se mirent en route.

Il faisait déjà une chaleur accablante quand les derniers éléments quittèrent Thiescourt.

De Thiescourt à Mareuil-la-Motte, l'embouteillage de la route était indescriptible. A l'arrière-garde, la 3ème compagnie du 4ème Régiment d'infanterie coloniale ( RIC) était mélangée aux 2ème et 3ème bataillons du 7ème régiment d'infanterie coloniale !

L'aviation ennemie ne cessait pas de survoler la colonne.

Vers 9 heures du matin, le gros de la division avait déjà dépassé Mareuil-la-Motte (le 2ème bataillon du 4ème RIC venait encore de passer sans encombre) quand des éléments cyclistes et motocyclistes de la 10ème compagnie du RIC, envoyés en reconnaissance, furent accueillis par des rafales de mitraillettes alors qu'ils atteignaient la bifurcation à la sortie du village. Malgré le feu de l'ennemi, ils dépêchèrent l'un d'eux pour prévenir les éléments qui suivaient.

Trop tard ! Certains de ces éléments arrivaient déjà dans Mareuil et la bataille commençait !

Bataille de rues dans Mareuil

La compagnie de Capitaine Boulanger du 4ème RIC qui s'était regroupée (ironie du sort) sur les hauteurs qui dominent Mareuil à un endroit où une plaque commémorative rappelle que « ici fut arrêtée la poussée allemande en 1918 » fut la première attaquée. Son chef ayant décidé d'entrer dans le village malgré l'avertissement du cycliste du 7ème RIC.

Sur la place du Monument aux morts, la section du lieutenant Imbert qui était en tête de la compagnie fut plaquée au sol par un feu violent d'armes automatiques venant de la direction de l'église, auquel elle répondait par ses F.M ( fusils mitrailleurs)

Aussitôt Boujemil était tué à son poste de combat et Nedellec qui tentait de le remplacer était blessé à la tête et, plus haut, Brunet était mortellement touché.

Tandis qu'Ansiaux se conduisait comme un brave, le capitaine Boulanger arrivait avec le reste de la compagnie pour tenter de les dégager. Tous participaient au combat, le sergent Nielle de la C.A.1 servait lui-même une de ses pièces, il venait d'être blessé au pied et continuait de tirer.

C'est alors que le capitaine Boulanger tombait, touché de deux balles de mitrailleuse, au ventre. Hamel réussissait, sous une grêle de balles, à le transporter dans la maison la plus proche où, malgré les soins vigilants d'un toubib du 7ème RIC il ne devait pas tarder à rendre le dernier soupir, sans une parole, sans un regret.

Le lieutenant Imbert, ayant fait son devoir auprès de son chef agonisant, prenait aussitôt le commandement de compagnie.

A ce moment, une section de mitrailleuses du 7ème RIC, sous les ordres du lieutenant Bayle (qui sans aucun souci du danger mettait lui-même une de ses pièces en batterie) venait appuyer notre défense et permettre au lieutenant Imbert de donner l'ordre à l'aspirant Rissler d'essayer de déborder le village sur la gauche, pendant que lui-même tenterait de le faire sur la droite.

Tentative vaine ! L'ennemi était déjà trop bien installé dans Mareuil : mortier au pied de l'église, mitrailleurs isolés dans les maisons... Il dut se résigner à faire demi-tour.

Pendant ce temps, le lieutenant Beaugé qui avait perdu contact avec le gros de la compagnie réussissait à sortir de Mareuil avec une vingtaine d'hommes.

Devant cette situation, le commandant du 2ème bataillon du 7ème RIC décidait de contourner le village par le Est et de tenter de gagner Margny-sur-Matz.

Le début de la progression se fit sans difficulté par un chemin encaissé où les hommes étaient à l'abri des coups de l'ennemi.

Assez rapidement ce chemin remontait sur les hauteurs dominant Mareuil et franchissait à découvert sur une grande longueur un versant du terrain avant d'entailler à nouveau les pentes.

Le commandant Chatillon qui marchait en tête s'était résolument engagé sur le découvert et à mi-distance s'écroulait atteint d'une balle de mitrailleuse. Le premier moment de flottement passé, le lieutenant Blanchet, puis le capitaine Bouchillou prenaient le commandement du bataillon.

Du chemin creux et même de plus haut, puisqu'une de ses pièces avait réussi à franchir le découvert, le groupe de mitrailleuses du détachement de sécurité tentait de neutraliser l'ennemi en mitraillant les ouvertures du clocher et les toits.

La matinée s'écoulait ainsi dans une situation tout à fait statique, mais les tirs plongeants des pièces du caporal-chef Davidson, s'ils n'avaient pas muselé l'ennemi, avaient neutralisé le clocher en particulier et permis à une partie du bataillon de déborder le village.

L'ultime issue

Pendant ce temps le lieutenant Imbert décidait de tenter la seule chance qui lui restait de quitter Mareuil par le sud. Il regroupait rapidement tout ce qui restait de la compagnie - soit cent hommes environ-, chargeait le corps du capitaine Boulanger sur une voiture de la compagnie et, muni pour toute carte d'un calendrier des PTT pris dans une ferme, mettait le cap sur le sud, suivi du train de combat du 7ème RIC.

Malheureusement cette maudite route se terminait dans une carrière à pic où il fallait abandonner les voitures, les chevaux, les blessés et également le corps du capitaine Boulanger.

Des tirailleurs ennemis cachés dans les vergers tiraient sans cesse des rafales de mitraillette. Le caporal de la 2ème CA était tué. L'étau se resserrait de plus en plus, ayant chargé à dos d'homme tout ce qui pouvait être sauvé.

Imbert et ses hommes tentèrent de sortir de la carrière et arrivèrent après avoir longé un fossé antichar à la lisière sud du bois en direction de Margny.

Mais l'ennemi était déjà sur place et il débarquait sans cesse de nouveaux renforts.

Toute résistance devenait inutile, un dégagement à l'arme blanche aurait été un vain massacre. Imbert ordonnait de cesser le combat et, la rage au cœur, se rendait avec ses hommes.

Le 7ème RIC n'était pas plus heureux. Sa section de mitrailleuses qui s'était avancée dans Mareuil, avait vu son chef, le sergent Violet et ses suivants mis un à un hors de combat. Le sergent Violet, mortellement atteint d'une balle à la poitrine, mourait le soir au poste de secours allemand où il avait été transporté après les combats.

Des 11 heures du matin, des véhicules autos amenaient de l'infanterie ennemie sur toutes les hauteurs qui dominent Mareuil au nord. Le village était rapidement cerné d'est en ouest. Seuls le sud et le sud-est avec la forêt de Thiescourt étaient vierges d'ennemis. En bien des endroits des formations qui n'avaient plus de munitions étaient couchées sous la fusillade et vouées à la destruction ou à la capture.

Ceux qui tentèrent de poursuivre le repli par la forêt de Thiescourt, furent pour la plupart faits prisonniers les jours suivants.

Vers 15 heures, seul le groupe Davidson, Boy, Le Pape, Di Martina tenait encore tête à l'ennemi, mais les munitions touchaient à leur fin.

Le sergent Laborde avait échoué dans sa tentative héroïque pour les ravitailler, il avait été abattu d'une rafale de mitrailleuse à l'orée du découvert. Il ne leur restait plus qu'un moyen d'échapper à la capture, un retrait à travers bois malgré la fusillade intense de l'adversaire.

Accroché à Davidson, le commandant Chatillon, surmontant les souffrances dues à ses blessures, se mettait en route avec le petit groupe.

Caché dans les fermes abandonnées le jour, reprenant la nuit leur marche vers le sud, ils échappèrent quatre jours et quatre nuits à l'ennemi. Seule la fatigue leur fit relâcher leur vigilance et c'est stupidement endormis dans une ferme abandonnée qu'ils furent faits prisonniers.

Pour clore le récit de cette journée du 9 juin 1940, rappelons que le soir les allemands ramenèrent les prisonniers dans Mareuil, qu'ils assemblèrent les morts et que les blessés furent soignés et opérés par un médecin allemand.

Puis ce fut le départ pour la captivité....

Ne tournons pas cette page tragique d'histoire sans rendre hommage aux morts de cette journée, aux blessés qui garderons dans leur chair le souvenir de ces combats, aux marsouins qui ont lutté avec la seule arme dont ils disposaient : leur courage.S'ils avaient eu les moyens de l'adversaire, c'est eux qui auraient triomphé ; ils l'ont prouvé quatre ans plus tard.